Twitter : Cerfia vs AlertesInfos… 2 « médias hybrides » en ligne se déclarent la guerre au nom de l’éthique

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  • Depuis plusieurs années, sur Twitter, apparaissent des comptes qui relaient chaque jour l’information. Ce ne sont pas vraiment des médias, mais assurent en direct le partage d’actus, images et vidéos.
  • Mais ces comptes sont souvent accusés de manquer d’éthique et d’ignorer leurs sources. Parfois même ils relayent des contenus trop sensationnalistes. Bien conscients de ces problématiques, les deux comptes « Cerfia » et « AlertesInfos » se sont mutuellement accusés du manque de déontologie.
  • Mais qui se cache derrière ces comptes ultra-viraux ?

« J’ai pu discuter au téléphone avec le fondateur de Cerfia, tout est réglé. Fin de l’histoire », tranchait le compte Twitter « AlertesInfos », vendredi 30 juin. Sous la publication du profil suivi par près de 300.000 personnes, l’espoir d’un « octogone sans règles » s’amenuise chez les centaines et centaines d’internautes qui avaient vu d’un coup deux spécialistes de la reprise d’informations en ligne se tirer la bourre en direct. Ironie de l’histoire, les deux s’accusent de ne pas respecter les sources et de manquer de transparence… alors même que les comptes surfent souvent sur la vague du contenu sensationnaliste et qui parfois engendre des fake news.

La veille, AlertesInfos pointait du doigt son meilleur ennemi, Cerfia. Ce dernier aurait relayé une information non sourcée à propos d’un appel à la libération d’un zoo. « Inadmissible de tweeter ce genre de choses sans y apporter une source fiable. A croire que vous relayez un appel de vous-même ». Si finalement le calme est revenu après cette courte tempête, il est important de s’interroger sur l’origine de ces comptes qui publient des contenus ultra-viraux et qui désormais jouent un rôle majeur lors de périodes de fortes actualités. Les émeutes de cette dernière semaine en sont malheureusement l’exemple parfait.

« Le rythme, c’est du lever au coucher du soleil »

Pour Cerfia, l’aventure commence en septembre 2020, post-premier confinement. Trois fondateurs, dont Vincent Vladesco que 20 Minutes a contacté, lancent leur compte sur Twitter. « Le compte Mediavenir existait déjà, ils faisaient du bon travail mais ils étaient les seuls et nous nous sommes dit qu’il y avait une place à prendre », se souvient-il, précisant qu’à l’époque, peu d’ambition n’était réellement dessinée pour ce compte. Aucun des fondateurs n’avait d’ailleurs de pied dans le secteur de l’information. Mais très vite, Cerfia prend de l’importance. De trois bénévoles, le compte devenu association compte désormais une trentaine de membres. « Ce sont des passionnés, pour une partie étudiants. Ça leur permet d’apprendre et de faire une première expérience pour le CV », raconte Vincent Vladesco, lui-même étudiant en droit. « Nous nous considérons désormais comme un média hybride ».

De son côté, AlertesInfos voit le jour en 2018 d’une ambition solitaire de son créateur, Moussa, la vingtaine d’années également mais qui ne souhaite pas en dire plus de son identité. « J’avais juste envie de relayer des informations ». Après avoir collaboré avec « deux amis virtuels », il raconte être désormais seul aux manettes. « Le rythme, c’est du lever au coucher du soleil. C’est un travail à temps plein ».

Un dispositif spécial pendant les émeutes

Mais alors comment ça marche un compte d’information lorsqu’on a moins de temps à consacrer qu’un média ? « Quand l’actualité est forte comme en ce moment, on a besoin d’avoir des gens impérativement disponibles. Nous suivons alors un système d’astreinte », nous explique Vincent Vladesco. Ces derniers jours, un « fonctionnement émeute » a donc été déployé. Tout repose sur deux binômes de deux bénévoles mobilisés chaque soir. Le premier groupe rédige les tweets, le second les vérifie. « Par exemple, pour les vidéos, il y a systématiquement une recherche d’images inversée. Nous devons nous demander « Est-ce que la vidéo vient d’être postée sur Internet ou est ce qu’elle date de 2018″ ? ». Puis, il faut chercher le contexte de l’image, prendre contact avec l’auteur, croiser les témoignages. « C’est un vrai travail en amont ».

En face, le compte Alertesinfos est bien plus démuni pour assurer ce travail d’orfèvre. « Mais je suis très rapide », se vante Moussa. Il affirme toutefois relayer et vérifier l’information. S’il reçoit une image d’une mairie qui brûle, il tente de savoir s’il s’agit de la bon bâtiment sur Google Maps, mais aussi si l’image ne provient pas d’une autre actualité. « Je fais un peu de l’Osint [Open Sources Intelligence] finalement », avance-t-il. Pas vraiment, mais les experts apprécieront.

« Une recherche d’efficacité et de vérité »

Mais bien souvent, la course à l’information dont sont parfois victimes les médias touche également ces comptes. A plusieurs reprises, les profils ont dû supprimer des publications erronées.  « Ce n’est pas une recherche de rapidité, c’est surtout une recherche d’efficacité et de vérité », tempère toutefois Vincent Vladesco. Parfois même, les comptes sont suspendus, comme ce mercredi où le profil d’AlertesInfos a été inaccessible une partie de la matinée pour réapparaître finalement.

Vincent Vladesco jure surtout sur la transparence, alors même que les comptes sont souvent accusés de reprendre allégrement les médias sans les sourcer. Chez Cerfia, on préfère partager les liens des articles afin de récompenser les journalistes. Pour AlertesInfos, ce n’est pas toujours le cas. A minima, il y aura le nom du média d’origine, pas plus. Dimanche, en relayant une information floue publiée par le Parisien autour de l’identité des émeutiers, le compte s’est à nouveau attiré les railleries des internautes en avouant : « L’article est payant, j’attends qu’il soit relayé par un autre média ».

Le danger du mimétisme

Mais au-delà de la source, les contenus appellent souvent au buzz, ce que rejettent pourtant les créateurs des comptes. Sauf que bien souvent, et d’autant plus pendant les émeutes, les contenus violents et choquants peuvent être partagés sans vergogne. « Moi je ne tweet pas du sensiationnaliste. Sur les émeutes, je ne pouvais faire avec d’autres mots. Et puis je ne suis pas journaliste, donc je n’ai pas de déontologie à avoir. Mais je reste neutre », se défend Moussa, le fondateur d’AlertesInfos. D’après Libération, les responsables de Cerfia ont même été contactés ce week-end par le ministère de l’Intérieur pour prévenir de la violence de leurs contenus et « des effets de mimétisme » que pouvaient engendrer ces comptes très populaires auprès des 18-24 ans.

Reste une dernière question : celle du financement des comptes. De son côté, Cerfia tient à rester une association et préfère vivre de partenariats et de régie publicitaire sur son site créé en février 2022. « On parle aux jeunes et on considère qu’on n’a pas à leur demander de l’argent ». Derrière ce petit ton narquois, Vincent Vladesco vise bien évidemment son concurrent AlertesInfos qui depuis lundi a ouvert des dons pour financer son compte. Il aurait depuis reçu près de 300 euros.

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